I. Le rire : comment ça marche ?

    Le rire est un phénomène dont les mécanismes et les origines s'expliquent de la même manière que le feraient d'autres émotions ou réactions produites par notre corps. Nous verrons qu'il met en marche de nombreuses parties de notre organisme et que ses causes sont diverses.

a) Les mécanismes du rire

   On parle du rire comme d'une onde qui se propage dans une grande partie des muscles de notre corps. Elle secoue les muscles du visage, du larynx, en passant par les muscles respiratoires, ceux de l'abdomen, du diaphragme ainsi que ceux des membres antérieurs et postérieurs.


 

La propagation du rire


    Tout d'abord, les muscles du visage sont les premiers à être sollicités ; ils sont responsables de l'expression rieuse. Les muscles frontaux, temporaux, petit et grand zygomatiques, appelés aussi muscles plats, provoquent, en se contractant, un étirement vers le haut des muscles de la bouche et des paupières. Parallèlement, les masséters, muscles les plus puissants de la mastication, se relâchent, écartant ainsi les mâchoires. Les muscles des paupières se contractent, tandis que le muscle orbiculaire des lèvres se relâche. Ces deux derniers sont aussi appelés muscles circulaires.

    Les sons émis lorsque nous rions sont provoqués par le larynx et les cordes vocales, mais aussi par des inspirations suivies de courtes contractions du diaphragme et certains muscles de la respiration : scalènes et muscles intercostaux.

 

   « Mais pourquoi hausse-t-on les épaules ? » se demande Alain dans le tome II des Propos. Pour répondre à cette question, il faut noter que la respiration est modifiée : en effet, les muscles les plus importants de la respiration grossissent la cage thoracique lors de l’inspiration : la poitrine se gonfle d'air, provoquant des mouvements amples et donc le soulèvement des épaules. Cela permet également la meilleure ventilation respiratoire possible, point sur lequel nous reviendrons.


    Moins importants que le diaphragme, les muscles surcostaux, scalènes et petit dentelé, appelés les muscles inspirateurs, amplifient le diamètre antéropostérieur du thorax. Le diaphragme sépare le thorax de l’abdomen : lors de l’inspiration, le grand muscle se contracte déplaçant le contenu abdominal de haut en bas, permettant aux poumons de se remplir d’air.

   Bien qu’ils soient indispensables pour rire, les muscles expirateurs sont moins importants que les muscles inspirateurs car c’est l’élasticité pulmonaire qui est principalement responsable de l’expiration. On peut aussi ajouter le diaphragme dans les acteurs de l’expiration : il se relâche et remonte laissant sortir l’air des poumons qui se vident. Lors d’un fou rire, il se relâche par petites secousses rapides ce qui provoque l’expiration saccadée que nous connaissons tous!


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Schéma de l'appareil respiratoire

(cliquez sur l'image pour l'afficher en plus grand)

 

     L’onde du rire continue ensuite sa descente dans notre corps pour arriver aux épaules qui se contractent en montant avec des relèvements partiels, ce qui provoque des secousses au niveau des épaules et des bras.


    En même temps que les ballottements de la tête, les muscles et les nerfs du visage se contractent sur les glandes lacrymales (situées au coin de l’œil, elles sécrètent les larmes), ce qui fera chez certaines personnes couler quelques gouttes de joie. 


    La tête se balance, les mains s’ouvrent, et les larmes perlent. Le rire permet une détente de certaines parties du corps. Entre autres, les muscles des jambes se relâchent, ainsi que les muscles permettant le contrôle urinaire : les sphincters. Ajouté à ça, la vessie reste contractée par le mouvement des muscles abdominaux, pouvant se relâcher à tout moment : ce qui démontre l'expression « pisser de rire ».


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Schéma de la vessie


 

Les activités commandées par le cerveau

  

 

   L’axe neuro-hormonal du rire est l’axe de commande du mécanisme du rire. Le centre cortical du rire est situé dans le cortex préfrontal, là où se contrôle la personnalité. C'est pourquoi chacun a un humour propre à sa personnalité.

 

 

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    L’exclamation d’un rire provient d’un stimulus auditif, tactile, ou visuel, capté par nos organes sensitifs, qui sera traité et analysé par les aires sensorielles du cortex cérébral. Suite à une stimulation, le récepteur sensoriel génère un influx nerveux qui se propage le long du nerf sensitif vers le cerveau. Il est alors intercepté par le centre cortical du rire, qui communique la réponse, c'est-à-dire le rire, avec le système limbique.

    Ce système est une structure cérébrale qui envoie un signal spécifique aux aires motrices du cortex cérébral reliées aux mouvements. Il élabore l'intensité du rire, allant d’un rire discret à un éclat de rire, comme il peut déconnecter le cortex cérébral où se trouve la partie consciente du cerveau. C’est pourquoi le rire peut être incontrôlable et inexplicable.


    Le système limbique interagit avec l’hypothalamus, une petite région située au cœur du cerveau, en transmettant un message nerveux à l’hypophyse (une glande endocrine qui sécrète des hormones dans le sang) et plus particulièrement à sa partie antérieure, l’adénohypophyse. Ainsi, le système limbique lui commande la libération des endorphines, qui sont des neurotransmetteurs. Ces substances chimiques naturelles sont produites par notre organisme, et permettent de réduire le niveau d’anxiété en produisant une sensation de bien-être. Présentes dans le système sanguin, elles ralentissent la respiration, et sont aussi interceptées par les récepteurs de la douleur, pouvant donc jouer un rôle d’antidouleur.


     Ainsi, le système nerveux parasympathique puis le système nerveux sympathique stimulent certains mécanismes :

Par l’intermédiaire de centres végétatifs du système nerveux autonome situés dans le tronc cérébral (comme l’hypotalamus), l’hypophyse envoie des influx à différents organes, tels que le cœur (avec une augmentation puis un ralentissement du rythme cardiaque), le sphincter anal (relâchement du muscle), les glandes lacrymales (sécrétion de larmes), les artères et les bronches (dilatation des muscles lisses : muscles qui se contractent de manière involontaire) et la contraction de la vessie.


    On peut donc synthétiser ce mécanisme bien détaillé par ce petit schéma bilan :

 

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b) Les causes physiologiques du rire

   S'il existe plusieurs causes du rire, celles-ci sont les plus spontanées. En effet, les causes physiologiques se rapportent aux fonctionnements physiques de l'organisme, autrement dit le rire est déclenché sans avoir besoin de raisonnement intellectuel. Et bien souvent, on ne peut les empêcher.
    Outre les sensibilités spécifiques à chacun, les deux principales causes physiologiques du rire sont le chatouillement et le gaz hilarant, celui-ci étant évidemment bien moins courant puisque nécessitant le gaz.

 

 

Les chatouilles


    Les
chatouilles (ou dites familièrement « guilis »), sont la plus ancienne manière de déclencher le rire, représentant en fait une sorte de communication primitive. Elles correspondent à l'action d'exciter l'épiderme de quelqu'un dans le but de le faire rire. Elles sont dues à une réponse sensorielle envoyée au cerveau et provoquée par un contact avec la peau. Lors d'un toucher sensible correspondant plus à des caresses, les corpuscules de Meissner, placés juste sous l'épiderme, sont excités.

Quand les chatouilles sont plus appuyées ou plus lourdes, cela va provoquer des vibrations ou des pressions, qui vont alors stimuler les corpuscules de Pacini, situés en profondeur de l'hypoderme de la peau, comme il est possible de le voir sur le schéma ci-dessous.


 Les corpuscules responsables du chatouillement


    L'ébranlement vif qui produit le chatouillement, vient tout d'abord de l'impression que fait l'objet, comme lorsqu'on passe legèrement une plume sur les lèvres : une sensation de douceur et de bien-être nous envahit, qui peut laisser une impression de picotement.

    D'autre part, l'intensité des chatouilles dépend de la partie du corps choisie, la sensibilité variant d'un endroit à l'autre. Cette sensibilité est dûe au nombre de papilles nerveuses de la peau présentes à l'endroit stimulé.

      Ainsi, les pieds, le cou, les aisselles, ou encore les hanches seraient les endroits les plus sensibles de notre corps. Cependant chacun possède des zones plus vulnérables que d'autres c'est pourquoi les plus chatouilleux sont aussi les plus sensibles. Selon les statistiques, 20% des garçons seraient chatouilleux à la plante des pieds, contre 90% des filles.  


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     Le chatouillement occasionne le rire, c'est un fait déjà vécu par tous. Mais avez-vous déjà été chatouillé plus longtemps que quelques secondes ? Si c'est le cas, vous avez dû vous rendre compte à quel point ce geste peut devenir rageant, sans toutefois pouvoir y mettre fin. Une trop longue stimulation, de l'ordre de plusieurs minutes, peut même entraîner une crise de rage, allant jusqu'aux sanglots (cependant je ne vous souhaite pas d'avoir déjà vécu cela !). Et si l'on en croit plusieurs histoires, il peut même être mortel. C'est en effet à un rire trop long et appuyé que l'on impute la mort au cours du IIIème siècle avant J-C., de Chrysippus, un philosophe grec et stoïcien, qui fit boire du vin à son singe domestique, et s'écroula de rire au sens propre comme au figuré en le regardant essayer, complètement ivre, d'attraper des figues pour les manger. Philemon (362-262) serait aussi mort d'une crise de fou rire ironiquement provoquée par une de ses propres blagues. D'autres comme le Roi Martin d'Aragon, le poète Pietro Aretino, l'aristocrate écossais Thomas Urquhart ou encore Ole Bentsen, un audiologiste danois, seraient aussi décédés suite à une crise de fou rire incontrôlable.


     En réalité, tout cela est dû à la frontière très mince entre le plaisir et la douleur occasionnés par le rire, et cela se sait depuis des siècles déjà, puisque les chatouilles étaient autrefois utilisées comme moyen de torture au Moyen-Âge. Il s'agissait alors de faire lécher la plante des pieds du supplicié par une chèvre, préalablement enduite de sel, pour le faire parler. D'ailleurs, dans la plupart des cas, cela faisait rapidement effet et le torturé ne tardait pas à supplier qu'on arrête.

 

    Une autre sorte d'expérience personnelle : n'avez-vous jamais tenté de vous chatouiller vous-même ? Vous avez alors dû être bien déçu de voir que cela ne procure pas la même sensation que lorsque quelqu'un vous chatouille. En effet, l'explication est simple; cette méthode est basée sur l'effet de surprise. Notre cerveau fait en fait la différence entre les sensations qui proviennent du corps, et celles venant de l'extérieur : ainsi il sera à même d'anticiper les premières car cela est lié au cervelet qui prévient, mais totalement dépassé lorsqu'il aura affaire aux secondes, d'où le chatouillement.
   
Une étude faite en 1997, à l'Université de Californie, montra que le rire lors de chatouilles était un réflexe et non pas un acte social. En effet, des patients ayant les yeux bandés ont été informés qu'ils allaient être chatouillés soit par un homme soit par un robot, en étant préalablement informés de l'origine de chacune des stimulations. En réalité l'ensemble des chatouilles ont été réalisées par un assistant caché sous la table. Pourtant, malgré cela, ils ne purent, dans tous les cas, résister aux stimulations. Cette étude permet clairement de montrer la différence majeure entre le rire dit « psychologique » et l'autre plus « physique » : si le premier est un moyen de renforcer les liens sociaux, le second quant à lui, est un réflexe qu'il est impossible, ou presque, d'empêcher.

 


    Nous ne sommes pas les seuls à rire, malgré la célèbre formule "le rire est le propre de l'Homme". En effet nos proches cousins gorilles et chimpanzés rient eux aussi, quand ils se chatouillent ou jouent. Cependant leur rire ressemble plus à un halètement. Notre rire peut alors être considéré comme "plus évolué" que le leur. 



Le gaz hilarant


     Un autre moyen totalement différent de provoquer le rire, est le
gaz hilarant, chimiquement appelé protoxyde d'azote, et considéré comme un stimulus artificiel.

    Ce gaz est connu pour ses effets anesthésiants et euphoriques. Incolore, au goût et à l’odeur légèrement sucré, il est considéré comme le 4e gaz le plus polluant, et son effet de serre important contribue au réchauffement climatique. On le trouve naturellement dans l’océan et le sol, mais il peut également être fabriqué en chauffant du nitrate d’ammonium à une température supérieure à 210°.

 

 

photo-i-b-2.jpg      Le protoxyde de diazote fut découvert en 1776 par Joseph Priestley, un chimiste et physicien ayant découvert le dioxygène (O2) quelques années auparavant. Son étonnante aptitude est de déclencher le rire à la moindre inhalation.

    Il fut d’abord utilisé dans les foires au XIXe siècle pour ses conséquences euphoriques, où tout le monde se bousculait pour l'essayer.


    De 1800 à 1850, ce gaz fût surtout utilisé lors des « fêtes au gaz hilarant » par les étudiants en chimie et en médecine. Ils riaient de façon incontrôlée et pour n'importe quelle raison, titubaient et disaient de nombreuses bêtises.

    C'est en 1850 que le dentiste Horace Wells découvre ses propriétés anesthésiques et analgésiques, qui permirent à la chirurgie de réaliser une avancée considérable, la douleur étant une des limites principales à l’époque.

 

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     Mais le chemin qu’emprunte le gaz hilarant dans le corps humain pour nous procurer cette sensation de délire n'est pas très connu. Il semblerait que le protoxyde d’azote soit transporté dans le sang comme l’est l’oxygène par les globules rouges. Il agirait alors contre la synthétase méthionine, une enzyme responsable dans le métabolisme des acides aminés, dont la carence peut entraîner une intoxication ou dysfonctionnement du foie.  La synthèse de thymidine, serait alors inhibée et par conséquent la synthèse des protéines serait ralentie, ce qui apporterait une carence en globules rouges. Ce faisant, l’apport d’oxygène vers le cerveau est réduit entraînant ainsi un état de léthargie. Ce gaz désinhibe complètement le cerveau. Il paralyse l'action des fibres qui ralentissent la transmission des influx nerveux entre les neurones et le système limbique qui est le siège des émotions. Résultat, ces fibres alors circulent librement et nous rions... de quasiment tout !

 

      Aujourd'hui, si le gaz hilarant est encore utilisé (bien que très rarement) en anésthésie comme adjuvant, c'est aussi une drogue recherchée, par les jeunes notamment. Appelé "air sec" par ces derniers, ce gaz est inhalé par ceux-ci au même titre que certaines drogues, étant plus discret et légal.

      Nous avons bénéficié d'un témoignage d'un lycéen de 16 ans disant : "Cela te met dans un autre monde, pendant cinq minutes tu ne sais plus où tu es, tout résonne et cela crée une sensation de chaleur intense". Nous avons aussi remarqué que l'inhalation de ce produit faire rire l'entourage car aggrave la voix du sujet pendant quelques secondes, au contraire de l'hélium.


   Il faut donc retenir deux causes physiologiques majeures du rire : les chatouilles et le gaz hilarant. Cependant, si le chatouillement peut nous toucher au quotidien, le protoxyde d'azote n'est pas accessible si facilement.


c) Les causes psychologiques du rire

Rire en groupe

 

    « Il semble que le rire ait besoin d'un écho. […] C'est quelque chose qui voudrait se prolonger en se répercutant de proche en proche, quelque chose qui commence par un éclat pour se continuer par des roulements, ainsi que le tonnerre dans la montagne. » affirme Henry Bergson dans son essai sur le rire et sa signification.

 

    Le rire se transmet d’homme à homme. En effet, il ne suffit généralement que de voir quelqu’un rire, pour en faire de même, à notre tour. Il s’agit, selon un neurologiste spécialiste du rire, Robert Provine, d’une tendance à imiter machinalement son entourage, une sorte de mimétisme, qui provoquerait deux circuits de neurones : l’un qui détecte le rire dans l’entourage, et l’autre qui le produit. On retrouve ce phénomène pour le bâillement.

    On parle également de rire contagieux : en 1962, on raconte qu'une épidémie de rire se serait déclarée dans un collège pour jeunes filles en Tanzanie. Le collège dû fermer étant donné l'état des jeunes filles qui ne pouvaient plus s'arrêter de rire, et qui, rentrées chez elles, contaminèrent leurs familles et donc plusieurs villages voisins, qui durent se mettre en quarantaine pour stopper l'épidémie !

    Il est vrai que lorsque nous regardons cette vidéo (à visionner ci-dessous) de personnes en train de rire, et nous l'avons testé, le rire nous vient automatiquement. L'expérience a été réalisée dans un train en Allemagne où deux personnes se sont mises à rire, puis pratiquement tout le wagon a été "contaminé" :


 

 Expérience réalisée en Allemagne


     De plus, cette réaction, aussi involontaire soit-elle, permet de créer des liens sociaux, plus facilement que par les paroles. Le philosophe Bergson le constate : « Si franc qu'on le suppose, le rire cache une arrière-pensée d'entente, je dirais presque de complicité, avec d'autres rieurs ». En effet, rire et paroles ne sont pas liés, car nous savons qu'un nourrisson sourit puis rit avant d'avoir prononcé son premier mot : rire est donc inné. Ainsi, on rit à la fois pour partager quelque chose avec les autres personnes, qu'on les connaisse ou non, mais aussi pour s'intégrer à un groupe. La plupart du temps, tout se fait naturellement, le rire étant très spontané.


     « Notre rire est toujours le rire d'un groupe », affirme une fois de plus Henri Bergson

    Selon les expériences, on rit douze fois moins seul, qu’en groupe. Nous avons pu affirmer cela en observant notre entourage : seule, une personne qui regarde, par exemple, un sketch du célèbre humoriste Gad Elmaleh va la plupart du temps simplement sourire ou bien pouffer, mais c'est seulement lorsqu'elle se retrouve entourée d'autres personnes qu'elle va rire aux éclats, s’esclaffer. Comme le dit notre célèbre philosophe, « combien de fois n'a-t-on pas dit que le rire du spectateur, au théâtre, est d'autant plus large que la salle est plus pleine ? »


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La blague

 

     Cependant, concrètement, qu'est-ce qui, chatouilles et gaz hilarant mis à part, provoque ce rire, si contagieux ? Elle peut être écrite ou dite, mais elle n'a qu’un seul but : provoquer le rire chez ceux qui l’écoutent, il s'agit de la blague.


    La blague s'appuie sur l'humour et se présente sous plusieurs formes : ce peut être un mot, un geste, une réponse à une question ou une histoire. Plusieurs procédés sont alors employés pour que la plaisanterie parviennent à ses fins, comme le sarcasme, l'ironie, et d'autres que nous verrons par la suite. On trouve deux grands types de blagues :

    - celles que l’on appelle cognitives (qui vient de « cognition », c'est-à-dire apprentissage, faculté de connaître), qui nécessitent un raisonnement et une réflexion. Par exemple celle-ci en est une : “Un muet dit à un sourd : « Regarde, il y a un aveugle qui nous surveille ».” Elles stimulent alors la région du cerveau, une des aires sensorielles du cortex cérébral, qui consiste à décrypter le langage.

   - celles que l’on appelle blagues phonétiques, qui, leur nom l’indique, se rattachent aux sons, donc aux jeux de mots et calembours, et stimulent la région du cerveau qui analyse ces derniers, c'est-à-dire une autre aire sensorielle du cortex. Nous en verrons quelques exemples par la suite.

     Ainsi, le cerveau traite différemment une blague selon qu'elle est cognitive ou phonétique.

   

     Parmi ces deux grands types de blagues, on trouve toutes sortes de blagues que nous allons citer ci-dessous.

 

    L'histoire drôle, basée sur une partie de « tension » (ou « suspense ») chez la personne réceptrice, où le narrateur raconte une histoire qui se termine généralement par une chute, qui correspond au moment où l'on rit. Ce peut être une histoire de pure fiction sans dessus-dessous tout comme une histoire vraie, une anecdote du locuteur ou d'un ami d'une amie du cousin de son père...

Nous avons tous déjà lu ou entendu une des blagues cultes de Toto, qui font justement partie de cette catégorie.

 

Un matin à la boulangerie du village, un mongol arrive et dit :
- Avez-vous de la tarte aux concombres ?
- Non, monsieur, je n'en n'ai pas. répond la boulangère
- Le lendemain matin, 5 mongols se ramènent et demandent :
- Avez-vous de la tarte aux concombres ?
- Non, messieurs, je n'en n'ai pas, répond de nouveau la boulangère. Puis, deux semaines plus tard, la même histoire recommence avec 500 mongols. La boulangère, pensant qu'elle va faire fortune, fait des milliers de tartes aux concombres pendant la nuit. Le lendemain matin, 600 mongols arrivent et demandent :
- Vous avez de la tarte aux concombres ?
- Oui, j'en ai, répond la boulangère, fière d'elle.
- C'est pas bon, n'est-ce pas ?

 

     La devinette et son effet de compétition qui fait rire des fois même avant que celui qui l'a posée donne la réponse, celui-ci pouvant utiliser une touche d'ironie avec des exclamations comme « Elle est facile celle-là, allez ! », éclats de rire assurés pour son interlocuteur, à condition que la devinette en question tienne le route.


Que dit un photographe à un poète pour le prendre en photo ?

Réponse : N'oublie pas de prendre la p(r)ose !

 

    Le jeu de mot, dans la catégorie des blagues phonétiques, pas toujours évident à comprendre selon celui qui le créé, mais qui, compris, qui peut s'avérer très comique. Il s'intègre souvent à la conversation, et joue avec des prénoms, quelques fois de ceux de personnalités connues. Les blagues de « monsieur et madame ont un fils/une fille » en font partie.

 

 Odile, une petite fille, va au zoo

Elle passe devant les crocodiles, qui croquent Odile ! (crocodile)

Un peu plus tôt, Odile a volé des bonbons

Elle raconte à Alig qu'elle n'a rien volé, Alig la croit, mais Alig a tort ! (alligator)

____

 

Monsieur et Madame ONETTE ont deux filles comment s'appellent-t-elles ?
Réponse : Camille (camionnette) et Marion (marionnette)

 

 

    On retrouve également les insultes, qui visent à insulter une personne célèbre ou non, mais sans pour autant l'offusquer. Il faut savoir comprendre le second degré et laisser de côté sa susceptibilité ; la contrepèterie, qui mélange les mots d'une phrase, les syllabes ou les lettres d'un mot ; les blagues avec bouc émissaire dont l'intitulé parle de lui-même, ou encore l'auto-dérision, lorsque l'on décide de se moquer de soi-même.

    Dans le cas où les blagues sont dites à l'oral, elle sont souvent accompagnées de gestes, qui renforce l'effet voulu ou même qui sont indispensables à leur compréhension.

    A l'écrit, la blague peut se présenter sous forme de bande dessinée, auquel cas, les dessins aident à la compréhension et peuvent rendre la blague accessible aux touts-petits ne sachant pas lire, ou aux personnes illettrées. On trouve également des livres de blagues, souvent sous forme de petit recueil.

    N'oublions pas la photographie, qui a la faculté de faire passer un message, qui peut être, parmi tant d'autres, un message comique, tout comme les films.

 

    Les sujets des blagues sont assez variés. Il s'agit quelques fois d'histoires bêtes, comme les blagues de Toto, par exemple. Mais les sujets traités sont aussi ceux de la politique (satire d'un personnage politique, d'un parti, d'une idée), de la religion, des différentes ethnies (célèbres blagues mettant en situation trois personnes de nationalité différentes : « Un Anglais, un Américain et un Belge sont dans un bar à Paris », « Un Allemand, un Hollandais et un Belge sont assis dans un café. »), ou encore les blagues basées sur des stéréotypes (autres célèbres blagues sur les blondes, par exemple).

 

    Souvent, la plaisanterie a pour but de divertir ses amis, ou encore, comme nous l'avons vu précédemment, de créer des liens avec une personne récemment rencontrée. La personne qui fait une blague attend alors un éclat de rire, et, si ce n'est pas le cas, la situation peut soit devenir gênante, ou bien, selon le destinataire, encore plus drôle. Mais ce n'est pas toujours le cas, et c'est pour cela qu'il faut avoir un minimum d'aisance à l'oral pour parvenir à faire rire tout un public. Mais ici, nous entrons dans un autre domaine, qui semble s'apparenter à celui de l'art oratoire.


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    Ainsi, le rire s'explique aussi bien sur le plan musculaire avec la contraction de nombreux muscles allant de ceux du visages à ceux des jambes, que sur le plan cérébral. Nous avons remarqué que nous rions de chatouilles ou encore sous l'effet de gaz hilarants, ce qui constitue le rire physiologique, autrement dit le rire qui nous touche sans faire appel à notre cerveau. Mais nous rions aussi par contagion, ou encore de blagues et situations comiques, faisant alors appel à un rire plus « intelligent ».



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