II. Le rire fait son effet

     On dit que le rire guérit. Pourtant pas encore prescrit sur ordonnances par nos médecins, ses vertus sont nombreuses : il agit à la fois sur l'organisme, incluant système cardiovasculaire, respiratoire, digestif... et sur la santé mentale, que toutes les émotions influencent, en général. Nous illustrerons ce dernier point par un exemple concret du rire à l'hôpital.


a) Les bienfaits du rire sur l'organisme

   Le rire a de nombreux effets positifs, dont nous allons expliquer l'origine grâce à l'étude des phénomènes qu'il engendre sur notre organisme.


 

Effets sur le système cardiovasculaire

 

    D'une part, le rire agit sur le système cardiovasculaire. En effet, certains scientifiques ont démontré à travers des expériences (visionnage de différents types de films) que les émotions en général ont un effet sur le flux sanguin. Par exemple, chez les personnes ayant visionné un film angoissant, on observe une baisse de 35 % du flux sanguin, tandis que chez celle ayant regardé un film comique, le flux sanguin augmente de 22 %.

Ainsi, une personne qui rit voit tout d'abord son rythme cardiaque s'accélérer. Des études démontrent que cela viendrait du tissu le plus interne des vaisseaux sanguins, l'endothélium (voir schéma ci-dessous), qui régule entre autres le débit de la circulation sanguine. Le rire permettrait alors d'éviter une perte d'élasticité des vaisseaux sanguins. Les parois des vaisseaux travaillant plus, des maladies comme l'artériosclérose, qui correspond à un durcissement et un épaississement des parois des artères, pourraient être évitées.


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  Schéma simplifié d'un vaisseau sanguin


    En plus de l'endothélium, les nerfs parasympathique et sympathique permettent la régulation de la pression sanguine artérielle. Aussi, celle-ci diminue au bout de quelques minutes grâce au système parasympathique lors d'une bonne crise de rire, d'où l'impression de détente ressentie. Ainsi selon certains scientifiques, le rire permettrait de prévenir certaines maladies cardiaques.

Comme il améliore la circulation et oxygène mieux notre cœur, il éviterait également la formation de caillots de sang.

    Pour conclure, une personne qui rit muscle son cœur autant qu'elle le ferait en faisant un exercice physique. Ce dernier étant bénéfique pour notre santé car il habitue le cœur à l'effort, le fait grossir et le rend endurant, le rire produit les mêmes effets, à condition de le pratiquer régulièrement !


 

Effets sur l'appareil respiratoire

 

    D'autre part, lorsque nous rions, les échanges respiratoires sont favorisés. Le rythme de la respiration change et les inspirations et expirations habituelles sont remplacées par des inspirations amplifiées, un temps entre inspiration et expiration allongé, et des expirations prolongées et surtout saccadées. Au début du rire, les poumons expirent tellement d'air que l'appareil respiratoire manque d'oxygène. Mais notre corps sait s'adapter, et les alvéoles pulmonaires vont donc se dilater en même temps que les bronches vont s'ouvrir plus largement pour laisser passer plus d'air. Les échanges respiratoires sont donc quatre fois plus élevés qu'au repos.

 

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Schéma des modifications de la respiration lors du rire 


     Comme nous l'avons dit précédemment, que l'on parle du système cardiovasculaire ou du système respiratoire, les effets du rire s'apparentent à ceux de l'effort physique. Aussi sommes nous essoufflés après un fou rire ! A l'instar du cœur, le rire permet d'entraîner les poumons. Tout comme la toux, il permet de rejeter certains résidus présents dans les bronches. Il prévient également de certaines maladies, comme la Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive, une maladie chronique atteignant les bronches ; l'hyperinflation, lorsque l'air est piégé dans les poumons : le fait de rire va alors éjecter cet air grâce à des expirations plus fortes ; ou encore l'emphysème, lorsque, à l'inverse, la quantité de volume d'air en réserve diminue progressivement : le rire est alors un bon moyen de rééducation.

 

     A la fois grâce à une meilleure circulation sanguine et respiratoire, le taux de graisse dans les artères et les vaisseaux sanguins diminue car leur oxygénation est meilleure, réduisant alors la possibilité de dépôt de cholestérol, entre autres. De plus, la phase de détente du flux sanguin et d'oxygène est un bon moyen de lutter contre une crise d'asthme, qui est caractérisée par un flux trop rapide donc une trop forte présence du système sympathique.


 

Effets sur le système digestif

 

     En outre, notons le caractère bénéfique du rire sur notre système digestif. On dit que celui-ci est le meilleur moyen d'éviter la constipation et de régulariser la digestion. En effet, les mouvements produits par notre corps lorsque l'on rit, et surtout ceux des abdominaux et du diaphragme, exerçant une pression sur le système digestif (intestins, estomac, rate, foie, pancréas...), vont entraîner un brassage de celui-ci. Certains chercheurs affirment que cette contraction stimule la sécrétion de sucs pancréatiques qui agissent alors sur la régularisation de la digestion car ils réduisent l'acidité de l'estomac. De plus, le foie est lui aussi brassé. Étant donné qu'il sécrète la bile, grâce aux pressions exercéesappareil-digestif-2.jpg par le diaphragme, les symptômes de l'insuffisance hépatique (maux de tête, nausées, vertiges, instabilité...) vont donc être améliorés, voire disparaître.


      Nous avons vu que le rire se traduit d'abord par une phase sympathique (activité plus intense de notre corps), durant laquelle on retrouve le massage des viscères évoqué précédemment, puis par une phase parasympathique (diminution de l'activité du corps) durant laquelle les fibres lisses, cellules musculaires des artères et des intestins, se relâchent, relaxant le tube digestif. Ainsi cette régulation peut venir en aide à des personnes dont le système digestif est fatigué (constipation) ou encore à des personnes anxieuses et surmenées dont la motricité intestinale augmente par la contraction des fibres lisses de l'intestin.


      Un des derniers bienfaits procuré par le massage du diaphragme sur l'appareil digestif est une meilleure élimination du cholestérol par les sécrétions biliaires du foie. Sans oublier que la rate, réserve de sang, va se gonfler et améliorer sa fonction qui est d'épurer le sang et de retenir les germes et les cellules vieillies.

 



Schéma de l'appareil digestif (mise en évidence du diaphragme par rapport à l'appareil digestif)

 

     Ainsi, la digestion est plus complète, s'effectue plus rapidement et améliore même le transit, tout cela grâce au fait de rire.

 

 

Effets sur le système immunitaire

 

     Enfin, le rire aurait un effet positif sur le système immunitaire. Ce dernier est le moyen de défense naturel du corps contre les pathologies : virus, bactéries, champignons, parasites, cancer, allergies, infections... Il est composé de nombreuses cellules, organes, et tissus dont le seul objectif est de protéger l'organisme, et contrôlé par des neurotransmetteurs, qui permettent la transmission d'un message nerveux entre deux cellules nerveuses. Nous savons que le système nerveux est composé de deux sous-systèmes appelés sympathique et parasympathique. Lorsque nous sommes surpris, c'est le système sympathique qui s'active : les vaisseaux sanguins se resserrent et le cœur se met à battre plus rapidement. Ce système est également sollicité par l'angoisse, et par d'autres émotions négatives comme la colère, la dépression... Si de telles réactions physiques se produisent, c'est parce que certains neurotransmetteurs comme l'épinéphrine ou la dopamine sont relâchés en grande quantité dans tout notre corps dans de telles circonstances. C'est alors grâce au rire qu'ils sont éliminés. Ce dernier diminue également la quantité d'hydrocortisone, une hormone qui empêche l'activité du système immunitaire et rend le corps plus fragile.


     De plus, le Dr. Lee S. Berk de l'Université Loma Linda a procédé à une étude pour répondre à la question : le rire a-t-il une influence sur les cellules qui composent le système immunitaire, les globules blancs, appelés aussi leucocytes ? Il a donc réalisé une expérience sur trois sortes de globules blancs (lymphocytes, granulocytes, monocytes, (voir schémas ci-contre)) : le taux des différents globules a été mesuré avant, pendant, peu de temps après ainsi que le lendemain d'une séance de visionnage d'un film hilarant par un groupe de plusieurs personnes. Le docteur a constaté que ces leucocytes, et en particulier les lymphocytes B, les anticorps appelés immunoglobuline A ou encore les lymphocytes T (qui reconnaissent et détruisent les cellules cancéreuses) augmentent pendant que les personnes rient, et se maintiennent au même nombre jusqu'au lendemain ; ainsi les bienfaits de cette séance de rire peuvent agir à long terme.


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Schéma de différents leucocytes (globules blancs)



   Aussi, tous ces anticorps reconnus pour leur capacité à éliminer les virus, les bactéries et autres micro-organismes augmentant par le fait de rire, celui-ci est donc un bon moyen de défense, particulièrement contre les rhumes, bronchites, crises d'asthme. Cette théorie se confirme par les témoignages de participants aux clubs de rire ou thérapie par le rire, dont nous parlerons par la suite.


b) Les bienfaits du rire sur le moral : la thérapie par le rire

 

   « Une définition du rire ? Le plus grand antidépresseur.  » a dit Irène Frain.

   Après avoir étudié les vertus du rire sur notre santé d'un point de vue physiologique, abordons maintenant les ses bienfaits sur la santé morale.

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     Il y a quelques années de cela, en 1964 c'est Norman Cousins, âgé à l'époque de quarante ans, qui expérimente la première thérapie par le rire (aussi appelée gélothérapie, vient du Grec gelos qui signifie le rire). Dans son livre La volonté de Guérir, il témoigne de sa guérison d'une forme de rhumatisme considérée comme incurable grâce à la pensée positive et au rire. Sa méthode ? Visionner de nombreux films comiques, entre autres !

      

 

   Outre l'aspect médical, la thérapie par le rire favorise l’acceptation, la compréhension, la joie, la détente, et permet de mieux s’intégrer socialement. L’humour est un bon moyen de se faire des amis et de dénouer des situations tendues. Avoir un sens de l’humour développé offre la possibilité de s’adapter à beaucoup de situations inattendues, tout comme savoir rire de ses complexes ou de sa gaucherie aide beaucoup à les surmonter.

   C'est en 1996 que le spécialiste du rire de l'Universiy of Western Ontario, Rod Martin, atteste que le fait de prendre la vie avec humour pourrait avoir des conséquences sur la régulation du stress et ainsi, son impact sur la santé psychologique. Selon lui, plus une personne a de l'humour, moins elle sera affectée à des moments de stress, préférant ainsi considérer une expérience stressante comme un défi plutôt que comme une épreuve.

   Le rire est en effet l’un des remèdes les plus efficaces, économiques et faciles à mettre en application contre le stress, fait connu depuis toujours mais confirmé par des études scientifiques récemment. Il favorise la circulation sanguine en assurant une bonne oxygénation du sang et permet une relaxation musculaire comme nous l'avons vu précédemment. Grâce au rire, l’hypothalamus sécrète des endorphines, hormones à propriétés antalgiques, qui vont réduire les excès d’adrénalines et de cortisol générés par le stress. Le rire est d’ailleurs reconnu comme un antidépresseur très efficace !

    Ne vous a-t-on jamais dit de penser à quelque chose de drôle lorsque l’on vous enlevait un pansement ? Eh oui, le rire pourrait aussi servir d’antidouleur car après la sécrétion des endorphines (due à une activité physique intense), la douleur est immédiatement réduite. C’est pour cela que pour certaines opérations dans les hôpitaux, des gaz hilarants sont parfois utilisés.

    Pour les adeptes de gourmandises nous avons un remède : après une bonne partie de rigolade, notre taux de leptine augmente. Cette hormone fournit un sentiment de rassasiement : la thérapie par le rire est donc l’alliée des régimes !

 

   Les clubs de rire

      Le rire ne se prescrit pas sur ordonnance et ne se trouve pas dans les pharmacies, cependant il existe quelques 2500 clubs de rires dans le monde entier. De plus, la journée internationale du rire est célébrée le 1er mai à l’initiative du Dr Madan Kataria. Dans les cultures anciennes de type tribales, la figure du « médecin du rire » existait déjà, et l’on tentait de guérir les malades à l’aide de quelques bonnes blagues !

      Pionnier du mouvement du rire dans le monde, le Dr Kataria a développé la première technique d’accession au bien-être par le rire, basée sur le yoga en Inde en 1995.

               iib1-1.jpgA gauche, Madan Kataria

      Il sera suivi par la suite, par la création de 160 autres clubs de rire en France permettant le renforcement immunitaire de chacun par 10 à 20 minutes de rire par jour.

      Spécialiste du bonheur dans ces clubs, Corinne Cosseron nous propose sur son site, un avant goût de ce que peuvent être les clubs de rire: elle nous apprend à rire ! Voilà la recette : après avoir rempli notre tête de pensées positives, il faut s’ancrer dans les sols les jambes écartées, étirer comme un chat tous les muscles de notre corps, relâcher ses épaules et les décrisper d’un seul coup, bailler à grand bruit ou encore forcer sur les zygomatiques pour détendre sa mâchoire en faisant des grimaces. Chaque « action » faites en groupe permettra à chacun de pouffer de rire. Une expérience à tenter !

                      corinne-cosseron.pngCorinne Cosseron

    Par ailleurs, le rire et l'humour comme thérapies se retrouvent dans d’autres variétés de contextes, notamment en psychothérapie, pour traiter les troubles comme la dépression. Certains centres de thalassothérapie propose aussi des forfaits "thalasso et rire".


c) Témoignage : le rire à l'hôpital

 


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    Stéphane (à droite sur la photo) est clown à l’hôpital depuis 2005, et c’est la plus belle chose qu’elle n'ait jamais vécue. Pour nous, elle revient sur son fantastique parcours, nous partage ses espoirs et ses réussites.

"Avant ? Je travaillais dans le social, en tant que salariée, dans un bureau." Un début de parcours "banal" comme elle le dit elle-même. A côté de cela, Stéphane a beaucoup de passions : elle a toujours aimé chanter, faire du théâtre, elle fait d'ailleurs quelques représentations d'improvisation, et de la musique.

 

 


« Le cirque a toujours fait partie de mes rêves »


 

    Aux Etats-Unis, des gens qui, comme Stéphane, sont passionnés de chant, de théâtre, de musique et d'improvisation, lancent la notion de "clowns-docteurs". Ces clowns pas comme les autres interviennent dans les hôpitaux auprès des enfants malades, en leur présentant individuellement des spectacles de tous types, car ils sont réellement polyvalents : aussi bien mimes, musiciens, conteurs que magiciens, leur but est d'apporter quelques minutes de plaisir à ces enfants qui ont laissé leur insouciance au seuil de l'hôpital. La première expérience de ce type a vu le jour à New York avec la création de "Clown Care Unit", association dans laquelle Caroline Simonds, professionnelle du théâtre de rue, travaille plus de trois ans. En 1991, elle s'installe à Paris et fonde sa propre association de clowns : "Le Rire Médecin", "parce qu'il est plus facile de soigner un enfant heureux".

Aujourd'hui, cette association réunit soixante-quinze clowns professionnels spécifiquement formés, qui interviennent pour le bonheur de milliers d'enfants hospitalisés, mais aussi pour celui des parents et des soignants dans trente-cinq services de pédiatrie de France métropolitaine.


 

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Cliquez sur la photo ci-dessus pour accéder au site officiel du Rire Médecin


 

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Les clowns du Rire Médecin, et Caroline Simonds (tout en bas à droite)



     Dans un coin de sa tête, Stéphane espère toujours vivre un jour de ses passions. Elle entend parler du "Rire Médecin", et, en 2004, l'occasion se présente : des clowns formés viennent recruter des personnes capables d'assurer cette fonction, pour les former et établir ce concept de "clown docteur" à la Réunion. Ni une ni deux, Stéphane tente sa chance. Sur les nombreux candidats, seuls quatre seront retenus. Stéphane en fait partie, sont rêve semble peu à peu devenir réalité.


 

« On a eu la chance d'avoir des formateurs exceptionnels »


 

    Commence alors une formation de deux mois, pendant lesquels Stéphane et ses futurs collègues apprennent les règles, l'éthique, les objectifs, les protocoles d'hygiène et de désinfection et le code de déontologie de ce métier, formation doublée par des cours artistiques complémentaires.

Car, si elle consiste bien à faire rire, il n'en reste pas moins que cette démarche doit être adaptée à la psychologie de l'enfant hospitalisé et à ses possibilités de communication et de compréhension. "L'hôpital n'est pas un théâtre comme les autres, et les enfants malades un public à aborder avec précaution", souligne Stéphane.


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     Les quatre clowns formés, rejoints ensuite par trois autres, commencent à exercer en 2005, sous le nom de leur toute nouvelle association "Eclats de l'île". Mais en raison d'un manque de subventions, ils ne peuvent intervenir que dans deux hôpitaux de la Réunion. Ainsi, seuls les enfants de Bellepierre à St Denis, et ceux du Groupe hospitalier Sud Réunion à Saint Pierre, ont la chance de voir leurs services, respectivement les mardis et jeudis, perdre cette définition omniprésente de lieu «clos, carré, rectiligne, ordonné, minuté et incontesté», comme il nous l'est rappelé dans la brochure d' «Eclats de l'île».



 

« C'est lui le chef »

 

     Les objectifs sont nombreux et ambitieux. Le principal, pour Stéphane, c'est de faire oublier à l'enfant sa maladie. Pour un court laps de temps, ça ne sera plus à lui de subir des choix qu'on fait pour lui, mais il pourra décider, faire ce qui lui plait, être un vrai petit chef. Leur intervention n'est pas prédéfinie, et leur véritable don, c'est leur capacité d'adaptation à chaque enfant. En effet, Stéphane nous confie : "certains nous disent tout de suite de sortir, alors on joue avec ça. Parfois, tout le spectacle peut se baser seulement sur notre entrée et le refus de l'enfant, qui s'amuse beaucoup de voir qu'il a le pouvoir de dire "non" ".

     D'autre part, le relation clownesque permet d'accompagner les souffrances morales et psychologiques vécues par les enfants et les parents. Les enfants verront alors leurs parents rire, et perdront cette culpabilité qui les tient depuis qu'ils sont entrés à l'hôpital, date depuis laquelle leurs parents ne sourient plus beaucoup. Plus encore, ces médecins du rire permettent d'intégrer la culture du rire et du rêve dans les services de pédiatrie, ce qui permet aux enfants de dédramatiser cet épisode de leur vie, et ainsi éviter les séquelles psychiques.

     Enfin, cette intervention permet très souvent aux enfants de mieux supporter les traitements : parfois même, les clowns jouent un rôle dans une intervention douloureuse, et à la demande du personnel soignant, distraient l'enfant pour qu'il oublie la douleur. "Ils [le personnel hospitalier] s'occupent de son corps, et nous occupons son cerveau. Et très souvent, les enfants ne se rendent même pas compte lorsque le geste médical est terminé !", déclare Stéphane, en ajoutant que la psychologie tient un rôle primordial dans toute hospitalisation.


 

« Plus un clown est bête, plus il est drôle »

 

 


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    Mais chaque enfant n'a pas la même réaction, et certains mettent plusieurs semaines à laisser entrer les clowns. Cependant, c'est le plus souvent, "un moment de joie et de grande complicité", dit Stéphane, toujours rieuse.
Les clowns interviennent toujours à deux, c'est la règle d'or en hôpital. Cela leur permet de toujours rebondir sur les blagues de l'autre, et d'éviter l'hésitation. Et surtout, beaucoup de spectacles sont basés sur le rapport de force entre deux clowns : l'un est la victime, l'autre le "méchant" qui le poursuit dans toute la chambre, provoquant de grands éclats de rire du patient, qui participe très souvent à cette "persécution".

Et pour Stéphane, le secret est simple : "Plus on est bête, plus ça fait rire". Par expérience, elle nous affirme que les spectacles trop recherchés ne font pas autant rire qu'une course poursuite, ou qu'un clown qui se prend la porte. Et quand elle entend un enfant lui dire "Tu es trop bête", elle sait avoir réussi, car c'est bien cela qu'on demande au clown.


 

 

 

« Il faut être capable de juste être clown, de ne pas être toi »

 


      Évidemment, des liens se font entre les patients et ces "clowns-docteurs", et le plus difficile selon Stéphane, c'est de réussir à être "juste clown, de ne pas être toi", pour ne pas voir le patient comme un malade, qui peut mourir un jour ou l'autre. Elle nous a confié une petite anecdote : c'était peu avant les vacances de décembre, elle était venue déposer un papier d'administration à l'hôpital, en tenue de civil, et une infirmière lui apprend qu'un patient que Stéphane a l'habitude de voir ne va pas très bien, et qu'il y a des risques qu'il décède avant le retour des vacances. Stéphane décide alors d'aller le voir, mais cette fois, sans son nez rouge. "J'ai ouvert la porte, j'ai pleuré, je l'ai refermée". Elle n'a pas pu parler à l'enfant, trop bouleversée par sa situation, et fragile sans son bouclier : le rire à toute épreuve.
     Mais même si c'est parfois difficile, Stéphane est très fière de son métier, et quand des parents viennent la voir et la remercient, elle sait qu'elle a fait le bon choix. Une seule chose à déplorer : que ce soit encore très peu connu, et que l'association soit de ce fait en manque de moyens suffisants pour aider tous les enfants.

 

     Cette rencontre bouleversante nous a beaucoup appris, et c'est une grande avancée pour la médecine que d'y associer le rire, ainsi qu'un progrès humain fantastique, qui apporte tellement aux patients ; le rire est certes physiquement visible, mais a aussi des vertus incroyables sur le mental.



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Image tirée du site "Le rire médecin"

 

Une meilleure circulation sanguine, un meilleur flux respiratoire, l'amélioration de la digestion, une nette réduction du stress, un moment de détente, un bon moyen d'intégration sociale, mais aussi l'apport d'un peu de gaieté pour oublier un lieu comme l'hôpital, autant d'effets provoqués par une pratique régulière du rire, qui semble-t-il résoudrait autant de problèmes que les médicaments !



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